
Guide de voyage
La Boucle Nord : Purmamarca, Iruya, Tilcara, Jujuy
Découverte du Nord-Ouest Agrentin par la Boucle Nord
Il faut quitter Salta au lever du jour, lorsque les brumes s’élèvent encore des collines verdoyantes pour un décor des plus mystiques. Une dense forêt de yungas, humides et foisonnants, vous ouvre les portes des paysages grandioses du sud saltenen, à commencer par la Quebrada de Humahuaca. La vallée, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, n’est qu’une succession de prouesses géologiques où la roche vous en fait voir de toutes les couleurs. On dévale ce corridor historique de 155 km de long en s’exaltant des images qu’offre le bord de route, un maté au coin de la bouche. Première halte à Purmamarca, qui se traduit du quechua par “village de la terre vierge”, où la pachamama a cherché à faire des jaloux. Adossé au flanc du Cerro de Los Siete Colores, le village est un tableau à lui tout seul, et les peintres affluent quotidiennement sur sa place centrale pour capturer de leur pinceau cette œuvre de la nature qu’on aimerait mieux ne jamais oublier. Et comme si le panorama n’était pas suffisamment coloré, le marché qui serpente dans les ruelles pavées est un véritable nuancier de pigments, de textiles, de broderies et d’artisanat, de vigognes ou d’alpagas. L’architecture des hôtels de charme se fond harmonieusement dans le décor, et la nuit, pas un chat, seul le murmure des étoiles et quelques rires qui résonnent depuis les terrasses des basses maisons aux alentours.
Mais c’est au lever du jour, à l’heure où le village profite de ses derniers instants paisibles, que la montagne aux sept couleurs s’embrase sous les premières caresses du soleil. Les couches sédimentaires se distinguent parfaitement, les strates ondulent entre vert, rose et ocre et les formations géologiques rougeoyantes qui entourent le village vous invitent à une balade contemplative. Et cette balade ne fait que commencer ; à une cinquantaine de kilomètres de là, depuis la spectaculaire route de la “cuesta de lipan” où se succèdent virages en épingle et tracés saisissants, comme gravés à la main sur ces paysages arides, on atteint l’un des plus vastes déserts de sel au monde, et l’un des paysages les plus emblématiques du Nord-ouest argentin : les grandes salines. Ce désert de cristaux d’un blanc éblouissant s’étend sur près de 6 000 km2, et s’élève à 3450 mètres d’altitude. Casquette sur la tête et lunettes sur le nez, ne vous fiez pas à la douceur hypnotique des paysages, ici le soleil ne fait pas de cadeau.
Les bassins d’un bleu pur et terriblement tentant (bien qu’on ne vous recommande pas la baignade) s’alignent parfaitement, et chaque photo qu’on y capture surpasse la précédente. Les ouvriers, ces silhouettes solitaires qui défilent sous un soleil de plomb, creusent la croûte qui craque sous nos pieds pour en extraire les cristaux. Le sel ici n’est pas qu’un décor, il est travail, il est vie, et parfois même survie.
Mais Purmamarca n’est pas le seul village de la Quebrada à faire tourner les têtes. À une vingtaine de kilomètres des Salines, on tombe nez à nez avec Tilcara, qui signifie étoile filante en Quechua. Dès vos premiers pas dans ses ruelles de pierre, le village vous prend par les sens : les odeurs d’humitas et de locro fumant qui s’échappent des four traditionnels se bousculent, les notes acoustiques des musiciens résonnent en fond sonore, et les maisons qui défilent se tapissent de mosaïques, de fresques murales, et de couleurs vives. Et Tilcara, c’est également un carrefour chargé d’histoire, veillé par ses témoins de pierre. C’est au sommet de la colline voisine qu’on rencontre une forteresse millénaire, érigée il y a plus de 1000 ans, du nom de Pucara de Tilcara. En plus de livrer les secrets des civilisations préincas, elle offre un superbe point de vue sur le Rio Grande de Jujuy et les cactus candélabres qui jalonnent la crête, une autre merveille du Nord-Ouest Argentin.
À l’extrémité nord de la Quebrada, Humahuaca s’élève comme un vestige vivant du passé. Ce petit village traversé par la rivière du même nom a immortalisé l’art de vivre ancestral et les scènes héroïques du passé, et on s’émerveille du Monumento à la Independencia, sculpté à même la roche sur les hauteurs du village, qui rend un hommage saisissant aux luttes acharnées des peuples du nord. Le marché regorge de produits artisanaux, de lamas tissés main, de poteries décorées et de saveurs de la sierra, et au-dessus des toits, se dressent des montagnes qui s’étendent à perte de vue, alternant entre nuance rouge et ocre.
À la sortie d’Humahuaca, on bifurque hors de l’axe principal, et on se laisse aller à une aventure hors du commun, un périple de chemins de pierres dont l’arrivée se mérite. Le col du Condor séduit par ses allures bucoliques à 4000 mètres d’altitude, jalonné de troupeaux de moutons ou de de lamas qui se délectent tout autant que vous des paysages qui les entourent. Et 75 kilomètres plus loin, le village d’Iruya apparaît, suspendu à une solide et vertigineuse paroie rocheuse. Ici, tout y est vertical, les ruelles grimpent à pic, les maisons se blottissent les unes contre les autres, et le village semble flotter parmi les montagnes. À Iruya, les traditions n’ont jamais cessé de rythmer le quotidien. On y cultive en terrasse, on se réunit pour chanter des coplas (poésie), on cueille, on marche longtemps, on vit en lien direct avec les cycles de la nature. Et quand la nuit tombe, les lumières sont rares, le silence est maître, et les étoiles slaloment de crête en crête au-dessus des toits recouverts de chaume. Les plus curieux enfileront leurs chaussures de randonnée au petit matin pour une promenade suspendue dans l’immensité, l'œil à l'affût des condors qui survolent la région, jusqu’à atteindre le hameau isolé de San Isidro. Le charmant village s’accroche dur comme fer à la montagne, perdu dans la Puna argentine. Et le plus beau dans cette boucle Nord, c’est que lorsque l’on pense avoir tout vu, les terres du Nord-Ouest nous réservent encore quelques frissons. La Serranía del Hornocal est l’un des paysages les plus fascinants d’Argentine. Le souffle se fait court à mesure qu’on atteint les 4 300 mètres de haut, pour finir par se sentir ridiculement petit face à un spectacle grandiose, culminant à plus de 4 700 mètres. Les collines striées non pas de 7 mais de 14 couleurs se déploient en éventail, chaque couche géologique racontant une époque, chaque dune minérale éveillant une furieuse envie de fouler ces flancs irréels.
Parcourir l’extrême nord du pays, c’est plonger dans une Argentine méconnue, farouche et généreuse, qui révèle ses merveilles à ceux qui prennent le temps de la traverser.















