
Guide de voyage
Région de Chūgoku
La région de Chūgoku : le charme discret de l’Ouest du Japon
Lorsque l’on évoque le Japon, ce sont souvent les images des néons vibrants de Tokyo, des ruelles traditionnelles de Kyoto ou encore la silhouette majestueuse du Mont Fuji qui surgissent spontanément à l’esprit. Pourtant, au sud-ouest de l’île principale de Honshū s’étend une région au charme discret, mais profond : le Chūgoku.
Terre d’histoire, de spiritualité et de traditions bien vivantes, cette région se distingue par son relief montagneux et sa côte finement découpée le long de la mer intérieure de Seto. Moins souvent mise en lumière, le Chūgoku cache de véritables trésors qui n’attendent que les voyageurs curieux. Au cœur de ce territoire se trouve Hiroshima, ville-symbole, dont le nom évoque à la fois le drame et l’espoir. Elle incarne, à elle seule, la force de résilience et l’art de renaître.



Hiroshima
Il est d’ailleurs difficile de visiter Hiroshima sans être saisi par le poids de son histoire. Le Parc du Mémorial de la Paix, en plein centre-ville, s’étend comme un écrin de verdure solennel. Au milieu, une rivière paisible coule, bordée d’arbres, de sculptures et de monuments. On y marche lentement, presque instinctivement.
Face au Dôme de Genbaku, unique vestige conservé de l’explosion atomique de 1945, un profond silence s’impose. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, il dépasse la simple notion de ruine : il incarne un symbole universel de paix.
La visite se poursuit au Musée de la Paix, à la fois sobre et poignant. Plus qu’un simple lieu de mémoire, il constitue un espace dédié à la transmission et à l’éducation, porteur d’un message fort : plus jamais cela. À travers ses expositions, ses témoignages et ses objets rescapés, il raconte cette histoire sans détour, mais toujours avec dignité.
Hiroshima ne se résume toutefois pas à son passé tragique. Reconstruite avec courage, la ville a su redonner vie à son patrimoine. Son château, reconstruit en bois selon les techniques traditionnelles, trône fièrement au milieu des douves. À quelques pas, le jardin Shukkei-en, bijou de jardin japonais miniature, invite à la contemplation. On déambule de ponts en îlots, au milieu d’érables, de petits pavillons et de carpes tranquilles. Ces lieux racontent une autre facette de la ville : celle d’un Japon qui soigne ses plaies par la beauté.
Vous ne pourrez pas quitter Hiroshima sans avoir goûté son okonomiyaki, plat emblématique. Entre crêpe, omelette et millefeuille de saveurs (chou, nouilles, viande ou fruits de mer), cette spécialité locale se déguste souvent autour d’une plaque chauffante. C’est tout Hiroshima : chaleureux, accueillant, vivant. Une manière aussi de célébrer la convivialité et la résilience par la cuisine.



L’île sacrée de Miyajima et son torii flottant
À une petite heure de Hiroshima, un ferry vous conduit vers l’un des plus beaux paysages du Japon : l’île de Miyajima. Dès l’approche, le célèbre torii flottant du sanctuaire Itsukushima semble émerger de l’eau. Selon la marée, il paraît suspendu au-dessus de la mer ou bien enraciné dans le sable. Ce site, classé à l’UNESCO, incarne l’union parfaite entre nature et spiritualité. Sur l’île, des daims en liberté se promènent sans hâte, rendant l’atmosphère encore plus paisible. En gravissant le mont Misen, un sentier dévoile des points de vue spectaculaires sur la mer intérieure de Seto et son chapelet d’îles. Avant de repartir, n’oubliez pas de goûter le momiji manju, petite pâtisserie en forme de feuille d’érable, fourrée à la pâte de haricot rouge.
Okayama et Kurashiki, entre jardins et châteaux
Souvent surnommée la “porte d’entrée” de la région de Chūgoku, Okayama vous invite à découvrir son principal trésor, le jardin Koraku-en, l’un des trois plus beaux du Japon. Collines ondulantes, étangs paisibles, pavillons de thé délicats, rizières verdoyantes composent un tableau d’une harmonie parfaite, où règnent calme et maîtrise. Juste à côté, le Château Noir, ou Okayama-jō, s’élève fièrement. Sa façade sombre et brillante contraste avec les châteaux blancs traditionnels, offrant une silhouette audacieuse et mystérieuse. Cette alliance unique entre la sérénité du jardin et la force de l’architecture fait d’Okayama une escale équilibrée, entre élégance et nature.
À quelques minutes d’Okayama, Kurashiki vous transporte dans une autre époque. Son quartier historique de Bikan, parfaitement préservé, dévoile un dédale de ruelles pavées bordées de canaux paisibles, évoquant une Venise japonaise pleine de charme. Des barques glissent lentement sous des ponts de pierre, frôlant les saules pleureurs dont les branches effleurent l’eau. Les anciens entrepôts à riz, aux murs blancs et tuiles noires, ont été transformés en musées, galeries d’art, boutiques d’artisanat et cafés intimistes. Véritable trésor caché, le musée Ohara abrite une collection surprenante d’art occidental (Rodin, Monet, El Greco) mêlée à des œuvres d’art japonais modernes. Kurashiki vous charmera autant par son atmosphère hors du temps que par la richesse de son patrimoine.
Les choses à voir dans la région de Chūgoku
La région du Chūgoku recèle bien d’autres merveilles insoupçonnées. Non loin de Hiroshima, les gorges de Sandankyo offrent une parenthèse de nature sauvage et préservée, avec ses cascades, falaises abruptes et sentiers ombragés. À Tottori, les dunes de sable dessinent un paysage presque irréel, aux allures de désert, ce qui est rare au Japon. À Shimane, le sanctuaire d’Izumo Taisha vous plonge au cœur de la mythologie japonaise : dédié au dieu des relations humaines et du destin, protecteur des liens affectifs et spirituels, c’est l’un des plus anciens lieux de culte shinto du pays. Plus au Sud, à Iwakuni, le pont Kintai-kyo déploie ses cinq arches en bois avec une grâce unique. Ce chef-d'œuvre d’ingéniosité, surtout au printemps, lorsque les cerisiers en fleurs l’enlacent, semble flotter entre tradition et poésie. La préfecture de Yamaguchi, quant à elle, séduit par ses temples historiques et ses paysages côtiers remarquables. Les plus aventureux seront séduits par la Shimanami Kaidō, un itinéraire cyclable spectaculaire qui relie Honshū à Shikoku. Il serpente à travers une série de ponts suspendus et d’îles verdoyantes, émergeant des eaux calmes de la mer intérieure de Seto. Une traversée inoubliable, entre paysages marins et ruraux, à la fois physique et contemplative, au cœur de Chūgoku.
Gastronomie et culture locale de la région de Chūgoku
La région du Chūgoku est réputée pour sa cuisine riche et variée. Au-delà de l’okonomiyaki d’Hiroshima, vous pourrez savourer les huîtres grillées, particulièrement réputées dans cette région côtière. Le fugu de Yamaguchi, poisson-globe réputé pour sa chair délicate mais aussi pour sa toxicité, est un mets raffiné à consommer dans des restaurants spécialisés. Le bara-zushi est une forme de sushi “éparpillé” (chirashi-zushi), très coloré et généreusement garni de poisson, légumes ou œufs. C’est une spécialité locale d’Okayama, souvent préparée à l’occasion de fêtes ou d’événements familiaux. Les nouilles soba d’Izumo sont des pâtes de sarrasin fines, souvent servies froides ou chaudes, appréciées pour leur texture et leur goût léger. Les crabes de Tottori, réputés pour leur chair tendre et savoureuse, complètent ce panorama gourmand, mêlant produits de la mer, traditions régionales et recettes emblématiques transmises de génération en génération.
Le Chūgoku se distingue également par ses festivals traditionnels, comme le festival d’Okayama Momotarō ou les célébrations colorées de Tottori, qui rythment la vie locale avec énergie et authenticité. La région est aussi réputée pour ses sources chaudes, telles que celles de Yunotsu à Shimane ou d’Ōmine à Yamaguchi, véritables havres de détente où vous pourrez vous ressourcer au cœur de paysages apaisants.
Côté artisanat, le Chūgoku préserve un savoir-faire ancestral à travers des traditions telles que la poterie Bizen-yaki (céramique rustique), les pinceaux de calligraphie Kumano fude ou encore le papier japonais Sekishu washi. La ville de Kojima est mondialement reconnue pour son denim artisanal de haute qualité. La région se distingue également par la fabrication manuelle des shamoji, spatules en bois utilisées pour le riz, illustrant un artisanat à la fois fonctionnel et emblématique. Ces savoir-faire reflètent la richesse culturelle et créative de l’ouest japonais.
Le Chūgoku tisse un lien subtil entre passé et présent, entre spiritualité et quotidien, entre douleur et beauté. C’est un Japon plus discret, mais infiniment sincère, qui invite à écouter, à ressentir. Et c’est souvent au détour des chemins moins fréquentés que naissent les plus belles émotions de voyage.
























